Le Périgord et ses terroirs
DIFFERENTS TERROIRS
Le Périgord
noir se compose de nombreux terroirs. Les conditions naturelles très
diverses, mais aussi les conditions économiques et sociales, ont
contraint les ruraux à construire de façons différentes
d'un terroir à l'autre :
- Le schiste et le
grès sont les matériaux utilisés dans la région
de Terrasson. Les ardoises des toits sont extraites des carrières
d'Allassac et Travassac en Corrèze, de Villac en Dordogne.
Elles sont aussi utilisées dans une moindre mesure dans le sud-est
comme à Salignac-Eyvigues ou à Nadaillac, où elles
concurrencent la lauze et la tuile plate.
- Ailleurs, les moellons
sont en calcaire doré. Les toits pentus recouverts en tuiles plates
ou en lauzes dans le cœur du sarladais disparaissent au sud de la Dordogne
au profit de la tuile canal.
La construction périgourdine
est souvent adaptée au terrain et joue avec les dénivellations
présentant parfois des toitures étagées aux matériaux
divers (tuiles plates, canal, lauzes...) conférant à l'ensemble
une belle harmonie.
UN PATRIMOINE ARCHITECTURAL
RURAL
Le développement
des transports à partir de la seconde moitié du XIXème
siècle a favorisé la diffusion de matériaux dans les
endroits éloignés des carrières locales et la banalisation
de matériaux standardisés (tuiles mécaniques par exemple).
Mais, de nombreux terroirs du Périgord noir, plus longtemps enclavés
ont gardé un patrimoine architectural pratiquement intact.
L'exode rural à
partir de la fin du XlXème siècle a laissé de nombreuses
maisons vacantes. Des hameaux entiers se sont dépeuplés.
Certaines habitations, faute d'entretien, sont tombées en ruine.
Beaucoup ont cependant pu être rachetées et restaurées
par des propriétaires soucieux de conserver ou de redonner un style
traditionnel et authentique à leur maison avec l'aide d'entreprises
locales compétentes, des pouvoirs publics et des associations de
sauvegarde du patrimoine rural.
Le patrimoine rural
du Périgord noir est souvent présenté comme l'une
des plus belles architectures rurales de France. Annick Stein dans son
ouvrage "Périgord Quercy" partage cet avis : "tous les bâtisseurs
anonymes ont su merveilleusement mettre en valeur la qualité de
la pierre et jouer avec virtuosité des toitures. On y trouve un
accord parfait entre les paysages, les volumes, les matériaux et
les couleurs."
Bibliographie:
Les limites du Périgord noir. B Du Rousset Actes du XXXIXème
congrès d'études régionales. Avril 1987 SHAP
du Périgord
LA REHABILITATION DU PATRIMOINE RURAL
DES CAMPAGNES TRES
PEUPLEES AU MILIEU DU XlXème S.
Le milieu du XlXème
siècle correspond à l'apogée de l'économie
rurale du Périgord qui atteint son maximum démographique
avec 505 000 habitants en 1851 contre 386 000 au dernier recensement de
1990. Vers 1860, la terre n'a jamais été aussi cultivée.
La forêt en 1870 ne couvre que 23 % du sol contre 40 % aujourd'hui.
LE DECLIN DE L'ECONOMIE
RURALE TRADITIONNELLE ET L'ACCELERATION DE L'EXODE RURAL
L'arrivée du
chemin de fer dans la seconde moitié du XlXème siècle
va profondément modifier la structure économique et sociale
de la vie rurale. L'agriculture décline, tout comme l'industrie
traditionnelle, certaines régions vont se développer, d'autres
vont connaître un déclin inexorable. Le Périgord
"oublié", par les grandes voies de communication qui le contournent
à l'est et à l'ouest, ne connaîtra qu'une mini-révolution
industrielle. La crise du phylloxera entre 1880 et 1895 en détruisant
le vignoble périgourdin et en privant beaucoup de ruraux de leur
principale source de revenu, sera ressentie comme un véritable désastre.
En effet, cette crise coïncide avec la fermeture de nombreuses activités
artisanales et industrielles traditionnelles. En un siècle,
la moitié de la population a quitté la terre et les trois
quarts entre 1886 et 1921.
AU PAYS DE LA LAUZE
Le Sarladais présente
un habitat rural très typé, davantage peut-être, que
d'autres régions plus tôt ouvertes vers l'extérieur.
Les constructions
traditionnelles s'intègrent parfaitement au paysage dont elles sont
directement issues.
C'est surtout vrai
pour les constructions adaptées au terrain qui se jouent des dénivellations,
aux proportions justes et où la pierre fut utilisée pour
les murs et les toits.
Les lauzes noires
contrastant avec les murs ocre-jaune confèrent à l'ensemble
une belle harmonie.
L'abondance de la
pierre calcaire en Périgord noir a permis non seulement la réalisation
de magnifiques et impressionnantes toitures, mais aussi de très
nombreuses murettes délimitant les parcelles ou retenant la terre,
ou encore ces curieuses cabanes de pierre sèche dont la voûte
en encorbellement autorise l'absence de charpente.
ORIGINE DE LA LAUZE
En certains endroits
du Sarladais, sous la terre arable en général épaisse
(30 à 35 cm au plus) le calcaire se présente sous la forme
de plaques disposées en strates et dont l'épaisseur augmente
avec la profondeur. De ces carrières était extrait
un matériau de couverture : la lauze. Celle-ci correspond à
la couche calcaire superficielle qui se délite en plaques de 3 à
5 cm d'épaisseur située au-dessus de la pierre de taille.
LE TOIT EN LAUZES
Les lauzes sont empilées
sur de robustes charpentes de chêne ou de châtaigniers capables
de supporter des charges de 500 kg au mètre carré et dont
l'inclinaison dépasse les 45 degrés pour des nécessités
d'étanchéité. Les lauzes de bordure ou randières
sont plus importantes et plus épaisses, elles reposent sur le mur
et assurent l'évacuation de l'eau. Posées en "tas de charge",
les lauzes sont coincées régulièrement sur une latte
de châtaignier de forte section chevillée sur les albatriers.
UN PATRIMOINE A
SAUVEGARDER
Beaucoup de toits
en lauzes ont disparu à une époque où on ne se souciait
pas trop des paysages et de l'environnement pour des raisons économiques
évidentes. La lauze a cédé la place à la tuile
plate et aussi à la tuile mécanique. De temps en temps
on laissait une petite bande de lauzes en bordure du toit, comme un souvenir...
Mais heureusement, un certain nombre de toitures a pu être sauvé
à partir des années 60 et 70 par des propriétaires,
souvent des résidents secondaires ayant du temps, du goût
et de l'argent. Ils ont aussi contribué à remettre à
l'honneur le métier de lauzier professionnel qui nécessite
un long apprentissage et beaucoup de savoir-faire. Quelques carrières
ont été réouvertes récemment mais les lauzes
utilisées pour une réfection sont le plus souvent issues
de toitures anciennes ; devant être retaillées, toutes les
lauzes ne peuvent pas être réutilsées. Le coût
d'une rénovation en lauzes est prohibitif pour beaucoup, mais l'investissement
consenti sera apprécié par les héritiers, enfants
et petits-enfants car on évalue l'espérance de vie d'une
toiture en lauzes à plus de 150 ans.
Bibliographie:
L'Architecture paysanne
en Périgord. J.P Simon Editions Fanlac. 1991
Quercy-Périgord.
Annick Stein Editions Ch Massin. 1991
Maisons Paysannes
de France n° 954-1990
Journal Sud-Ouest
Enquête auprès
d'un lauzier.
LES CABANES DE PIERRE
SECHE
Les cabanes bâties
entièrement de pierre sèche du sol au faîtage représentent
un élément majeur du paysage rural périgourdin.
PLUSIEURS DENOMINATIONS
POUR UN MEME EDIFICE
En Périgord,
ces constructions de pierre sèche sont appelées indifféremment
"cabanes", "grangettes", "gariottes", "huttes". On doit par contre
écarter le terme "borie" qui désigne en Provence des édifices
habités, ce qui n'est pas vraiment le cas pour nos "cabanes"...
UNE FORTE DENSITE
DANS LE SUD-EST DU PERIGORD
C'est dans le sud-est
du Périgord (arrondissement de Sarlat) que leur densité est
la plus forte. Ici le calcaire affleure à la surface et "se
lève" en plaque à chaque passage de l'outil du paysan.
Celui-ci devait pour cultiver une parcelle, la dégager du matériel
rocheux. Ainsi ces constructions ont été édifiées
à l'occasion d'épierrements. On les trouve d'ailleurs
très fréquemment associées aux "cayroux" (tas d'épierrement)
et aux murettes qui délimitent les parcelles (plus fréquentes
dans les Causses quercynois) et soutiennent la terre arable.
UN PRINCIPE DE CONSTRUCTION
SIMPLE
Le principe de construction
était simple. Il s'agissait d'abord d'élever des murs
de pierre puis de les prolonger en faisant déborder légèrement
chaque rang de dalles calcaires vers le centre de l'édifice, et
enfin, de fermer ce toit au sommet par une grande lauze qui stabilise toute
la construction. Ce principe de la voûte en encorbellement
sans soutien de charpente demandait de la part des paysans-maçons
beaucoup d'adresse et d'ingéniosité pour caler parfaitement
entre elles les pierres de chaque rang tout en maintenant vers le mur leur
centre de gravité.
DE QUAND DATENT-ELLES
?
Certains y voient
la trace d'abris néolithiques... Mais il semble présomptueux
de vouloir les dater d'une manière précise. Quelques-unes
sont de toute évidence très anciennes (XVIlème ou
XVIllème siècles) mais de là à les situer à
l'époque des gaulois !...
Elles sont liées à une économie agro-pastorale ou viticole ayant perduré jusqu'à la première guerre mondiale. La grande majorité de ces constructions datent vraisemblablement du milieu du XlXème siècle.
A QUOI SERVAIENT-ELLES
?
Elles ont servi à
différents usages, surtout d'abri pour le berger ou le vigneron
au travail dans le champ mais aussi de clapiers, de poulaillers, de pigeonniers,
d'étables, d'affûts et refuges pour les chasseurs, de greniers
avec aire de battage...
UN PATRIMOINE A
PROTEGER
Dés que l'on
cesse de les entretenir, ces "grangettes" de pierre sèche se dégradent
rapidement sous l'effet de la végétation. Mais elles sont
aussi l'objet des dépradations commises par les hommes. On
les détruit ainsi que les murailles pour récupérer
les lauzes, d'autres sont décoiffées par les "bangs" supersoniques...
Bibliographie
Les huttes du Périgord.
René Dechère Auteur éditeur 1981
Périgord-Quercy.
Annick Stein Editions Massin 1991
L'Architecture paysanne
en Périgord. J.P Simon Editions Fanlac 1991
Le journal Sud-Ouest
A l'eau source de vie,
sont liées de nombreuses constructions, puits, fontaines, citernes,
abreuvoirs, lavoirs, aqueducs... La plupart sont modestes, simplement fonctionnelles
mais certaines sont de véritables œuvres d'art et nous les découvrons
souvent avec étonnement au hasard de nos promenades. Leur
usage ne s'impose plus à nous, comme à nos ancêtres.
On ne tire plus l'eau du puits, les lavoirs sont aujourd'hui des vestiges
du passé...
La civilisation moderne,
en apportant l'adduction d'eau, la machine à laver, a été
à l'origine de l'abandon de tous ces lieux de vie. Se couvrant
de végétation, en l'absence d'entretien, soumises aux intempéries,
beaucoup de ces constructions sont en mauvais état. Mais,
certaines ont magnifiquement traversé le temps, avec l'aide il est
vrai, de l'homme. Elément vital de la vie rurale d'autrefois,
ce patrimoine de l'eau mérite notre intérêt et tout
doit être mis en œuvre pour le sauvegarder.
LES FONTAINES ET LES PUITS.
L'eau fut toujours le problème essentiel des bâtisseurs ruraux. Le choix du lieu de construction était dicté par l'eau d'une source ou relevé par la baguette de coudrier du sourcier qui localisait l'emplacement du puits. Celui-ci creusé dans le sol était maçonné jusqu'à la nappe phréatique en lits circulaires de moellons appareillés ou taillés directement dans le rocher. Le plus souvent, la maçonnerie apparente peu élevée en moellons ou pierres de taille est couronnée d'une margelle circulaire. Mais il existe dans notre région une grande variété de puits et de fontaines aménagés, liée aux matériaux locaux utilisés, à l'ingéniosité et au savoir-faire des bâtisseurs ruraux.
LES LAVOIRS.
Les lavoirs évoquent pour nous une période aujourd'hui révolue. C'était des lieux de rencontre où les femmes "actionnaient" leurs langues autant que leurs mains et leurs battoirs. Chaque village, ou presque, possédait son lavoir, alimenté par un cours d'eau ou une source. Il était au centre de la vie collective, mais on trouve aussi des lavoirs isolés en pleine campagne. Malheureusement beaucoup d'entre eux présentent une architecture banalisée.
Au début du siècle, les pouvoirs publics, dans un souci de généraliser les progrès de l'hygiène, ont encouragé les municipalités à offrir aux villageois des endroits propres et adaptés au lavage du linge. Aussi beaucoup de lavoirs se ressemblent : un bassin rectangulaire, ceinturé d'une surface inclinée, généralement en béton. Il est souvent couvert d'un toit en tuiles plates ou mécaniques et parfois fermé par des murs qui protègent du vent sinon des courants d'air.
Fort heureusement certains
lavoirs ont échappé à la banalisation (le béton
n'a pas toujours remplacé la pierre...) et notre regard s'attarde
sur ces constructions présentant des qualités architecturales
et évoquant le dur labeur des laveuses, contraintes de travailler
à genoux sur le baquet quelque soit le temps, les mains au contact
de l'eau froide. Car avant la machine à laver, la lessive traditionnelle
représentait une corvée. Le linge après avoir
bouilli dans un chaudron, était savonné, frotté avec
énergie, tordu, frappé avec le battoir et rincé plusieurs
fois dans l'eau. Dans certaines familles, on ne lavait qu'une fois
par an, c'était la grande lessive, au moment de la Saint Jean.
Bibliographie:
Le joumal du Périgord.
Mai 1990 n° spécial "Eaux vives"
L'Architecture paysanne
en Périgord - J.P Simon Editions Fanlac 1991
L'HABITAT TROGLODYTIQUE DANS LA VALLEE DE LA VEZERE
UN HABITAT SPONTANE SOUS LA PREHISTOIRE.
Les falaises calcaires abruptes qui surplombent la vallée de la Vézère sont creusées d'abris sous roche qui ont servi d'habitat aux hommes préhistoriques. L'accumulation sur place des déchets de taille de silex, des os d'animaux, des outils, des cendres des foyers... attestent l'ancienneté de la présence humaine. La fréquence des abris et la présence sur place de riches gisements de silex ont, selon toute vraisemblance, joué un rôle important dans la fixation de l'homme dans cette région. Même aux périodes les plue froides des époques glaciaires, lorsque le renne abondait, les falaises calcaires jouaient le rôle de réflecteur, concentrant la chaleur et protégeaient des vents froids.
UN HABITAT-REFUGE AMENAGE AUX PERIODES TROUBLEES DE L'HISTOIRE.
Ce type d'habitat s'épanouit pleinement aux périodes troublées du Moyen-Age. Certains abris sous roches ont été aménagés en villages fortifiés (la Madeleine, Castelmerle), ou en forteresses (forts troglodytiques de la Roque Saint Christophe, du Roc de Tayac...). Les falaises sont aussi parsemées de cluzeaux aériens ou "cabines de guetteurs", abris artificiels, creusés par l'homme à partir d'une cavité naturelle. Ainsi vingt-huit postes de guet apparemment inaccessibles sont disposés en quinconce d'un bord de la vallée à l'autre, tout au long de la Vézère, de Montignac au Bugue. Une expérience a montré qu'en moins de quinze minutes sur dix huit kilomètres, les nouvelles pouvaient se propager (cris "personnalisés" ou signaux avec émission de fumée). En cas de danger (invasions normandes au Xème siècle...), la population des alentours venait se réfugier dans les villages fortifiés.
UN HABITAT SEMI-TROGLODYTIQUE A PRESERVER.
On trouve dans la région des Eyzies, un habitat semi-troglodytique plus récent. Des excavations naturellement creusées par l'action de l'érosion dans le calcaire ont été fermées par une façade en maçonnerie, le toit s'appuyant directement sur la voûte rocheuse en encorbellement.
Il convient de protéger
ces formes d'habitats spécifiques, certaines d'entre elles ont été
désertées par leurs occupants en raison du manque de confort,
d'éclairement, de l'accès parfois difficile... Ces constructions,
quand elles n'ont pas été trop "abîmées" par
une restauration excessive, crépis de mauvais goût par exemple...
s'intègrent parfaitement à la paroi rocheuse. Ce n'est
apparemment pas le cas de la structure moderne qui couvre l'abri Pataud
aux Eyzies... Les Pouvoirs publics se doivent de donner l'exemple en matière
d'intégration d'une construction dans un site classé.